Personne ne se souvient d’une époque où Kaboul aurait été une ville « sans problèmes », même si l’on mettait de côté l’instabilité politique et les effusions de sang qui ont marqué le dernier demi-siècle. Il est impossible d’ignorer les difficultés de la vie urbaine dans la capitale afghane : la pollution constante de l’air, la négligence alarmante des gouvernements successifs face à cette pollution — visible, par exemple, lorsque les agents municipaux retirent les eaux usées des canalisations pour les laisser sécher juste à côté, avant que les vents tranchants de Kaboul ne les dispersent comme du poison dans l’air que respirent les habitants. À cela s’ajoutent des dizaines d’autres problèmes sérieux et anciens : l’expansion chaotique de la ville, la surpopulation, la pénurie d’eau, l’absence de services de santé et d’éducation de base dans de nombreuses zones. Jamais ces problèmes n’ont réellement préoccupé les dirigeants qui se sont succédé, et les habitants de cette ville sont restés si profondément enfoncés dans ce marécage qu’ils ne se souviennent plus — n’imaginent même plus — que la vie pourrait être meilleure, plus saine, plus urbaine, plus humaine. Et si les autorités refusent de prendre ces fléaux au sérieux, les habitants pourraient au moins, eux, atténuer la douleur de certaines de ces plaies urbaines.
À tous ces problèmes — dont aucun n’est « mineur » ou « secondaire », et qui peuvent tous se transformer en catastrophes humaines — s’ajoute la question persistante des coupures d’électricité. Kaboul est régulièrement frappée par la peste des ténèbres, et cette peste s’est peut-être aggravée depuis la chute du gouvernement précédent. Historiquement, les habitants de Kaboul se plaignaient surtout des pannes d’hiver. Leur origine remonte à une pratique instaurée pendant le « djihad » des moudjahidines contre le Parti démocratique du peuple : détruire les pylônes électriques pour priver les habitants de lumière et faire en sorte que l’obscurité retourne l’opinion publique contre le régime. Cette mentalité a perduré pendant des années dans les cercles jihadistes, et durant les années de la république néolibérale, la faction jihadiste opposée — aujourd’hui au pouvoir — poursuivait la même pratique, ciblant les pylônes et plongeant la ville dans le noir. Alors que les « moudjahidines » privaient les gens de lumière, les « démocrates » et les « technocrates » installés dans les palais de Kaboul ne montraient aucune urgence à rétablir le courant, laissant les pannes s’allonger et devenir insupportables. Je me souviens d’un hiver où réparer le système électrique de Kaboul avait pris deux mois entiers. Durant cette période, les habitants s’étaient épuisés à se plaindre, et les responsables étaient restés si indifférents que les gens avaient eu l’impression que leurs voix ne parvenaient plus à personne. Ce n’était pas un hiver isolé — chaque année, l’électricité de Kaboul échouait, qu’il s’agisse de tempêtes, de fortes chutes de neige ou d’attaques de groupes armés.
Au cours des deux années qui ont suivi la prise de pouvoir du nouveau régime, celui-ci a réussi à maintenir l’électricité de Kaboul relativement stable — signe, en soi, de l’extrême faiblesse des attentes publiques. Au début, beaucoup pensaient que le régime serait incapable de payer l’électricité importée et que la ville serait plongée dans une obscurité totale. Cela ne s’est pas produit ; l’électricité, contrairement à la paix ou à l’espoir de Kaboul, n’a pas complètement disparu. Pourtant, même l’approvisionnement électrique n’a pas échappé au changement politique. La première grande modification fut le raccourcissement du cycle de facturation : de tous les deux mois à chaque mois. La seconde fut l’augmentation des tarifs pour accroître les recettes internes. Étant donné le manque de reconnaissance internationale du régime et ses restrictions financières récurrentes, il n’est pas surprenant qu’il tente de remplir ses caisses en augmentant taxes, droits et factures d’électricité.
Mais malgré une électricité plus chère et une facturation plus fréquente, Kaboul reste une ville plongée dans l’obscurité. Cette fois, cependant, la pénombre ne vient pas du froid glacial de l’hiver, mais de la chaleur écrasante de l’été. Il est évident qu’en été, les gens dépendent beaucoup plus de l’électricité — ventilateurs et dispositifs de refroidissement sont indispensables — tandis qu’en hiver, de nombreux ménages, faute de moyens, se tournent vers le bois ou le charbon plutôt que le chauffage électrique. Pourtant, Kaboul connaît aujourd’hui des coupures d’électricité répétées et irrégulières en été — des pannes qui annoncent un hiver à venir peut-être encore plus sombre et plus difficile que les précédents.




