La vente ambulante est depuis longtemps l’une des formes courantes de travail en Afghanistan. Les photographies anciennes des marchés urbains le montrent clairement. Ici, le terme « vente ambulante » ne désigne pas seulement la vente à la main, mais aussi la vente à partir de charrettes, d’étals improvisés ou même à même le sol. Ce qui importe, c’est que ces dernières années, le nombre de ces « travailleurs précaires » a augmenté à un rythme sans précédent. La plupart sont des jeunes. Toute personne qui a travaillé comme vendeur ambulant — ou qui a observé de près cette expérience — sait que ce type de travail offre le bénéfice économique le plus faible possible, et peut même entraîner des pertes financières. L’effort demandé est immense, tandis que le profit, dans le meilleur des cas, est minime. Qu’est-ce qui a donc provoqué cette hausse ? Qu’est-ce qui pousse les gens vers un travail aussi éprouvant et si peu rentable — un travail qui ne mène jamais à une réussite commerciale ni à la vente de biens de plus grande valeur ?
Un vendeur ambulant est l’un des nombreux surplus produits par le système économique défaillant de l’Afghanistan — quelqu’un qui ne parvient même pas à trouver un moyen de « vendre » sa force de travail. À l’extrémité du désespoir, il acquiert les marchandises qu’il peut et tente de les vendre directement dans la rue — « directement » étant ici le mot clé, tant il montre la faible probabilité de réussite. Des biens bruts et un pouvoir de vente minimal génèrent rarement un revenu significatif. Les vendeurs ambulants sont l’un des signes les plus clairs d’un ordre économique dysfonctionnel et stagnant — un ordre qui produit chaque jour davantage de « vies excédentaires ». Depuis des années, l’État, par son inaction, communique à ces individus qu’ils n’ont aucune place dans sa machine rouillée. Un gouvernement dont la seule préoccupation est la piété publique s’intéresse peu à la faim ou à la survie des gens. Quant à la petite économie privée afghane, arriérée et fragile, elle ne nourrit aucun enthousiasme pour de nouveaux projets ou l’embauche de main-d’œuvre. L’investissement est si rare — et si risqué — que personne n’attend d’un entrepreneur qu’il engage son argent ici.
Mais la crise des vendeurs ambulants à Kaboul reflète aussi une profonde instabilité sociale et une fragilité économique extrême. C’est une économie au bord de l’effondrement — qui s’écroulerait instantanément si l’aide internationale venait à cesser, plongeant le pays dans une catastrophe humanitaire encore plus grave. Les vendeurs ambulants achètent leurs marchandises au jour le jour, en très petites quantités. Une fluctuation sérieuse des prix ou de la monnaie pourrait en un instant les priver de leur moyen de subsistance.
Et pourtant, les vendeurs ambulants ne représentent qu’une fraction de l’immense armée de chômeurs d’Afghanistan. Le chômage est l’un des problèmes les plus critiques et les plus non résolus du pays — un problème auquel le régime taliban n’a pris aucune mesure significative pour répondre. À la place, il publie régulièrement des décrets sur la tenue des femmes, l’éducation des femmes, la fermeture des salons de beauté, les restrictions sur la musique, et le contrôle des médias. Mais les véritables problèmes quotidiens de la vie humaine n’ont aucune place importante dans son agenda.
Le régime qui gouverne Kaboul est trop ignorant pour comprendre que la montée du travail précaire est une conséquence directe de ses propres politiques économiques. C’est pourquoi ses soldats chassent les vendeurs ambulants à coups de pieds et de fouets. En d’autres termes, le régime pousse d’abord les jeunes au désespoir au point de les forcer à devenir vendeurs ambulants ; puis il leur interdit même de vendre. Et bien qu’il ignore qui est réellement responsable de cette crise, il refuse d’assumer ne serait-ce qu’une part de la faute. La pauvreté et l’impuissance du peuple sont le résultat d’une économie effondrée — une économie que le régime a apportée avec lui (même si l’économie d’avant les talibans ne survivait elle-même que grâce à d’énormes injections de liquidités étrangères). Expulser les vendeurs des rues n’est pas une solution. Rien — absolument rien — ne peut être résolu par les fouets et la force.
Les vendeurs ambulants reviendront. Ils reviendront chaque jour, jusqu’à ce que vienne le temps où ils ne seront plus contraints à la vente ambulante, où ils ne seront plus les « excédents » d’un système économique en faillite.




