L’annonce des résultats nationaux du Kankor est un moment qui mérite d’être observé au-delà des classements et des filières choisies. Aujourd’hui, la publication de la liste des dix meilleurs candidats révèle un fait marquant : presque tous ont étudié à Kaboul, y ont grandi ou prévoient d’y poursuivre leurs études. Kaboul apparaît non seulement comme la capitale politique du pays, mais aussi comme la capitale de l’éducation et du Kankor.
Mon expérience personnelle montre qu’il est rare de trouver parmi les dix ou même les vingt premiers candidats quelqu’un ayant été formé dans une province de second ou troisième rang. Ce n’est pas un hasard. Les performances exceptionnelles au Kankor ne sont presque jamais le fruit d’un effort individuel isolé ; elles résultent d’un environnement où l’écosystème éducatif dans son ensemble stimule et nourrit le talent. Nous ne grandissons jamais seuls. Quand on évolue parmi des pairs ambitieux et compétitifs, leur motivation devient contagieuse et tire tout le monde vers le haut. Mais dans un contexte éducatif faible, où la compétition est limitée et où l’objectif se réduit à « réussir tout juste », les résultats diffèrent inévitablement.
À Kaboul — et dans quelques autres provinces de premier rang — de tels écosystèmes existent. Beaucoup d’élèves migrent vers ces villes pour profiter de ces conditions avant même de passer le Kankor. Kaboul est devenu un aimant à talents, élargissant progressivement le fossé entre centre et périphérie. En termes simples : un élève formé à Kaboul se situe presque toujours sur un échelon différent de celui formé ailleurs.
Les résultats du Kankor révèlent aussi autre chose : la réussite n’est liée ni à l’ethnicité, ni à la confession, ni au genre. Bien que ces variables puissent créer des obstacles, ceux qui parviennent à les surmonter montrent à quel point les stéréotypes sur les capacités divergent de la réalité. Autrefois, les filles figuraient régulièrement parmi les meilleurs résultats — rappelant clairement que l’« ignorance » et l’« excellence » relèvent de structures, non d’attributs hérités.
Aujourd’hui pourtant, depuis quatre ans, les filles n’ont même plus le droit de concourir. Leur absence n’est pas silencieuse : c’est une absence qui se voit, qui se sent, et qui ne peut être dissimulée. On aimerait qu’une voix soit encore là pour porter ce message.
Une autre dimension apparaît : la manière dont le Kankor a renforcé un certain type de monopole. En Afghanistan, le talent est devenu synonyme de médecine et d’ingénierie. Ceux qui travaillent le plus, étudient le plus et démontrent les plus grandes capacités intellectuelles choisissent presque exclusivement ces deux voies. Ce fait n’est pas anodin. Lorsque les candidats doivent choisir cinq programmes, les filières d’« éducation » se retrouvent presque toujours en dernier choix — non par envie, mais faute de mieux.
Résultat : les futurs enseignants sortent souvent d’un vivier où, selon les critères du système actuel, les capacités sont inférieures à la moyenne. Ce cycle reproduit continuellement les faiblesses du système éducatif. On ne peut offrir une éducation de qualité quand on ne l’a jamais reçue soi-même. Ainsi, le pays ne voit émerger aucun psychologue, sociologue ou économiste notable formé intégralement dans ce système. Les disciplines autres que la médecine et l’ingénierie se vident un peu plus chaque année.
Dans ce sens, le Kankor n’est pas seulement un concours de talents ; il est un miroir qui reflète des structures défaillantes, des disparités géographiques et des croyances culturelles sur ce que signifie « réussir ». Pour briser ce cycle, il faudra repenser non seulement les programmes scolaires, mais aussi les mécanismes d’évaluation, les attentes sociales et les politiques éducatives à leur racine.
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