{"id":29579,"date":"2025-08-25T21:53:27","date_gmt":"2025-08-25T17:23:27","guid":{"rendered":"https:\/\/deeyar.tv\/?p=29579"},"modified":"2025-12-02T01:36:38","modified_gmt":"2025-12-01T21:06:38","slug":"%d9%87%d8%b4%d8%aa%d8%a7%d8%af%d9%88%db%8c%da%a9%d9%85%db%8c%d9%86-%d8%b2%d8%a7%d8%af%d8%b1%d9%88%d8%b2-%d8%b1%d9%87%d9%86%d9%88%d8%b1%d8%af-%d8%b2%d8%b1%db%8c%d8%a7%d8%a8%d8%9b-%d8%ad%d8%a7%d9%81","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/deeyartelevision.com\/fr\/29579\/","title":{"rendered":"Rahnaward Zaryab : une m\u00e9moire litt\u00e9raire qui perdure"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Aujourd\u2019hui marque le 81\u1d49 anniversaire de Mohammad Azam Rahnaward Zaryab \u2014 l\u2019un des rares \u00e9crivains dont le nom figure non seulement dans les bibliographies, mais aussi dans l\u2019architecture m\u00eame de la litt\u00e9rature afghane moderne. N\u00e9 le 25 ao\u00fbt 1944 \u00e0 Kaboul, il grandit dans cette ville et d\u00e9veloppa une voix qui d\u00e9passa largement les ruelles de Rikakhana pour devenir l\u2019une des plus importantes voix de la narration persane du si\u00e8cle dernier. Zaryab est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Kaboul le 11 d\u00e9cembre 2020 des suites d\u2019une maladie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s des \u00e9tudes \u00e0 la facult\u00e9 de journalisme de l\u2019Universit\u00e9 de Kaboul, il partit au Royaume-Uni pour poursuivre sa formation. \u00c0 son retour, il \u00e9crivit pour divers journaux et magazines. Dans les ann\u00e9es 1990, alors que l\u2019Afghanistan sombrait dans la guerre civile, il quitta le pays pour le Pakistan puis la France, o\u00f9 il passa plusieurs ann\u00e9es en exil. Apr\u00e8s la chute du premier r\u00e9gime taliban, il revint \u00e0 Kaboul et commen\u00e7a \u00e0 travailler avec de nouveaux m\u00e9dias, dont Tolo TV. Cette combinaison d\u2019exp\u00e9rience journalistique et de cr\u00e9ativit\u00e9 litt\u00e9raire donna \u00e0 sa prose une pr\u00e9cision, une finesse d\u2019observation et une conscience sociale distinctives.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153uvre de Zaryab est exceptionnellement vaste. Ses recueils de nouvelles \u2014 <em>La Ville enchant\u00e9e<\/em>, <em>L\u2019Homme dont l\u2019ombre l\u2019a quitt\u00e9<\/em>, <em>Le Voleur de chevaux<\/em>, <em>Et la pluie tombait<\/em>, <em>Le Chien et le fusil<\/em>, <em>Les Serpents sous les jujubiers<\/em> \u2014 m\u00ealent regard ethnographique et langue po\u00e9tique, donnant vie aux figures marginalis\u00e9es et endeuill\u00e9es de Kaboul \u00e0 travers des instantan\u00e9s marquants. Ses romans \u2014 <em>Golnar et le miroir<\/em> et <em>J\u2019errais dans les quatre tours<\/em> \u2014 \u00e9tendent son ambition narrative, fusionnant r\u00e9alisme social, m\u00e9moire urbaine et touches de surr\u00e9alisme. Ses essais \u2014 <em>Marges<\/em>, <em>Le R\u00eaveur muet<\/em>, <em>La Fin des trois invuln\u00e9rables<\/em>, <em>Ce que nous avons \u00e9crit<\/em> \u2014 r\u00e9v\u00e8lent son esprit critique, tandis que <em>Les Chemises<\/em> t\u00e9moigne de son rapport \u00e0 la litt\u00e9rature mondiale en tant que traducteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan stylistique, Zaryab forma un pont entre tradition et modernit\u00e9. Son vocabulaire et la musicalit\u00e9 de sa prose \u00e9taient ancr\u00e9s dans le dari classique, mais ses structures narratives, ses changements de perspective, son \u00e9conomie linguistique et sa repr\u00e9sentation d\u00e9taill\u00e9e de la complexit\u00e9 urbaine l\u2019inscrivaient pleinement dans la modernit\u00e9 litt\u00e9raire. Son humour amer n\u2019\u00e9tait jamais destin\u00e9 au rire, mais \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation du r\u00e9el ; son symbolisme \u2014 particuli\u00e8rement dans ses descriptions de la ville \u2014 cr\u00e9ait une \u00ab g\u00e9ographie \u00e9motionnelle \u00bb o\u00f9 Kaboul devenait \u00e0 la fois d\u00e9cor et personnage. Cette dualit\u00e9 atteint son sommet dans <em>J\u2019errais dans les quatre tours<\/em>, o\u00f9 la capitale bless\u00e9e se pr\u00e9sente comme une pr\u00e9sence vivante et m\u00e9morielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme de nombreux intellectuels afghans, la vie de Zaryab fut marqu\u00e9e par l\u2019exil et le retour. Ses ann\u00e9es en France et son retour final \u00e0 Kaboul nourrirent sa sensibilit\u00e9 aux th\u00e8mes du pays perdu et r\u00e9investi, de la m\u00e9moire collective, des ruptures historiques et de la lente disparition des espaces urbains \u2014 th\u00e8mes omnipr\u00e9sents dans son \u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019influence de Zaryab d\u00e9passa largement ses textes. Pour des g\u00e9n\u00e9rations de jeunes \u00e9crivains, il incarnait la \u00ab preuve du possible \u00bb : montrer qu\u2019on peut parler au monde depuis une langue locale ; que beaut\u00e9 et v\u00e9rit\u00e9 peuvent surgir malgr\u00e9 les contraintes institutionnelles et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 chronique. Beaucoup d\u2019auteurs des ann\u00e9es 2000 et 2010 le consid\u00e9raient comme un \u00ab ma\u00eetre indirect \u00bb, apprenant de lui comment transformer la souffrance en forme \u2014 et la forme en t\u00e9moignage moral. Des \u00e9tudes ind\u00e9pendantes ont confirm\u00e9 cette influence, le d\u00e9crivant comme l\u2019un des \u00e9crivains modernes les plus novateurs d\u2019Afghanistan et un d\u00e9fenseur de la langue persane.<\/p>\n\n\n\n<p>Son absence a cr\u00e9\u00e9 un double vide : litt\u00e9raire \u2014 la perte d\u2019un \u00e9crivain capable de combiner sensibilit\u00e9 narrative et clart\u00e9 morale dans des moments historiques cruciaux ; social \u2014 la disparition d\u2019un journaliste capable d\u2019extraire du r\u00e9cit une compr\u00e9hension plus profonde de la soci\u00e9t\u00e9. Ce vide se ressent d\u2019autant plus depuis le retour des talibans au pouvoir, p\u00e9riode o\u00f9 m\u00e9dias et \u00e9crivains subissent de fortes restrictions ; l\u2019absence d\u2019une voix comme celle de Zaryab se fait douloureusement sentir au moment o\u00f9 la vie civile et litt\u00e9raire afghane a le plus besoin de m\u00e9moire et de narration.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan m\u00e9thodologique, Zaryab a red\u00e9fini la \u00ab nouvelle urbaine \u00bb en Afghanistan. L\u00e0 o\u00f9 les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes oscillaient entre romantisme rural ou discours politique direct, Zaryab a amen\u00e9 la nouvelle au c\u0153ur de l\u2019observation quotidienne, du d\u00e9tail fin et de l\u2019humain ordinaire. Fid\u00e8le \u00e0 l\u2019\u00e9thique du r\u00e9cit, il n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 exp\u00e9rimenter : manipuler le temps narratif, m\u00ealer m\u00e9moire et r\u00e9alit\u00e9, changer de perspective avec subtilit\u00e9. Sa prose, simple en surface mais profonde en essence, contenait toutes ces dimensions.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019avenir de la litt\u00e9rature persane en Afghanistan est sans doute difficile sous les contraintes structurelles et politiques actuelles. Mais cette difficult\u00e9 conf\u00e8re \u00e0 l\u2019absence de Zaryab une fonction de \u00ab mesure de l\u2019espoir \u00bb. Son \u0153uvre rappelle que la litt\u00e9rature n\u2019est pas seulement un reflet, mais une r\u00e9sistance \u2014 non pas bruyante ou militante, mais formelle. Une langue qui n\u2019a pas peur de la censure ext\u00e9rieure ni de l\u2019autocensure int\u00e9rieure, et une vision qui pousse la r\u00e9alit\u00e9 vers son degr\u00e9 le plus \u00e9lev\u00e9 de v\u00e9rit\u00e9. M\u00eame si nombre d\u2019\u00e9crivains ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits au silence ou \u00e0 l\u2019exil, les histoires et les romans de Zaryab demeurent un atelier ouvert \u2014 un lieu o\u00f9 apprendre \u00e0 enregistrer la voix d\u2019une ville, \u00e0 extraire la beaut\u00e9 de la perte et \u00e0 dire la v\u00e9rit\u00e9 malgr\u00e9 les limites du langage.<\/p>\n\n\n\n<p>En fin de compte, Rahnaward Zaryab fut un \u00e9crivain qui repr\u00e9senta l\u2019Afghanistan non pas \u00e0 travers des clich\u00e9s orientalistes ou des slogans politiques, mais \u00e0 travers des vies humaines tangibles et les d\u00e9tails du quotidien. Son humour discret, son imagination ma\u00eetris\u00e9e, sa clart\u00e9 morale et sa pr\u00e9cision \u00e9l\u00e9gante d\u00e9finissent son style. C\u2019est pourquoi toute r\u00e9flexion sur l\u2019avenir de la litt\u00e9rature persane en Afghanistan ram\u00e8ne in\u00e9vitablement \u00e0 son nom \u2014 \u00e0 l\u2019\u00e9crivain qui a montr\u00e9 qu\u2019au c\u0153ur m\u00eame des chapitres les plus tumultueux de l\u2019histoire, on peut allumer une lampe et traduire un Kaboul bless\u00e9, avec toute sa douleur et sa beaut\u00e9, dans la langue de la litt\u00e9rature mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Les opinions exprim\u00e9es dans ce texte appartiennent exclusivement \u00e0 leurs auteurs et ne refl\u00e8tent pas la position \u00e9ditoriale de Deeyar TV.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui marque le 81\u1d49 anniversaire de Mohammad Azam Rahnaward Zaryab \u2014 l\u2019un des rares \u00e9crivains dont le nom figure non seulement dans les bibliographies, mais aussi dans l\u2019architecture m\u00eame de la litt\u00e9rature afghane moderne. 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