{"id":28655,"date":"2025-08-13T15:55:05","date_gmt":"2025-08-13T11:25:05","guid":{"rendered":"https:\/\/deeyar.tv\/?p=28655"},"modified":"2025-12-03T02:30:06","modified_gmt":"2025-12-02T22:00:06","slug":"%d8%b2%db%8c%d8%b1-%d8%b3%d9%82%d9%81-%d8%a7%d8%b1%da%af","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/deeyartelevision.com\/fr\/28655\/","title":{"rendered":"\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Arg"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Durant les trois derni\u00e8res ann\u00e9es de la R\u00e9publique, j\u2019ai travaill\u00e9 au Bureau des affaires administratives \u2014 une institution charg\u00e9e de la correspondance essentielle et des r\u00e9unions strat\u00e9giques au c\u0153ur du gouvernement. Ce qui suit n\u2019est pas un m\u00e9moire, mais la description des dynamiques que j\u2019ai observ\u00e9es directement : Ashraf Ghani \u00e9tait un microgestionnaire, pas un leader. Et cette diff\u00e9rence est devenue douloureusement visible en temps de crise.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ghani aimait les d\u00e9tails. En soi, ce n\u2019est pas une faute \u2014 mais lorsqu\u2019un pr\u00e9sident modifie lui-m\u00eame le titre d\u2019une note interne, propose plusieurs alternatives et d\u00e9bat de chaque mot, la machine d\u00e9cisionnelle ralentit in\u00e9vitablement. Dans les commissions \u00e9conomiques et administratives, j\u2019ai vu \u00e0 plusieurs reprises des dossiers de plusieurs millions et d\u2019autres de quelques milliers arriver sur la m\u00eame table et recevoir le m\u00eame niveau d\u2019attention pr\u00e9sidentielle. Les sessions d\u2019approvisionnement s\u2019enlisaient parfois dans les sous-clauses de contrats mineurs, alors que des dossiers urgents \u00e9taient report\u00e9s \u00e0 la r\u00e9union suivante. Ce n\u2019\u00e9tait pas un hasard. C\u2019\u00e9tait l\u2019expression du besoin de contr\u00f4le du pr\u00e9sident : il gardait les d\u00e9tails pour lui, les ministres manquaient d\u2019autorit\u00e9, et les d\u00e9cisions urgentes d\u00e9rivaient vers l\u2019arri\u00e8re-plan.<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9sidence existe pour diriger un pays, non pour g\u00e9rer un petit bureau. Pourtant, m\u00eame pour des nominations de niveau interm\u00e9diaire, nous devions r\u00e9diger des r\u00e9solutions qui allaient directement au Palais. Si un ministre voulait remplacer un chef de d\u00e9partement, la recommandation devait passer par plusieurs \u00e9chelons avant de finir sur le bureau du pr\u00e9sident. L\u2019effet \u00e9tait structurel : les chefs de d\u00e9partement n\u2019\u00e9taient pas responsables devant les ministres, et les ministres ne se sentaient pas responsables d\u2019eux. Dans les r\u00e9unions d\u2019\u00e9valuation, une phrase revenait syst\u00e9matiquement : \u00ab Nous attendons l\u2019instruction du Palais. \u00bb Des indications lointaines et fragment\u00e9es rempla\u00e7aient une autorit\u00e9 claire et directe.<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des correspondances officielles nous revenaient tamponn\u00e9es \u00ab renvoy\u00e9 pour r\u00e9vision \/ compl\u00e9ment \u00bb. Les premiers brouillons \u00e9taient rarement accept\u00e9s. Les annotations manuscrites de Ghani \u00e9taient nombreuses et pr\u00e9cises \u2014 parfois utiles, souvent paralysantes. Je me souviens d\u2019un avis de nomination de trois paragraphes pass\u00e9 par quatre s\u00e9ries de r\u00e9visions simplement pour d\u00e9cider s\u2019il fallait \u00e9crire \u00ab est nomm\u00e9 \u00bb ou \u00ab est introduit \u00bb. Lorsque l\u2019institution s\u2019enlise dans le choix des mots, il ne reste plus d\u2019\u00e9nergie mentale pour la strat\u00e9gie.<\/p>\n\n\n\n<p>La crise \u00e9lectorale de 2019 dura du 28 septembre 2019 au 17 f\u00e9vrier 2020. Au lieu de confier la transition politique \u00e0 une cellule d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la gestion de crise, le Palais recentra tout entre ses murs. Apr\u00e8s les investitures parall\u00e8les du 9 mars 2020, au lieu de r\u00e9parer la fracture, nous avons cr\u00e9\u00e9 des structures parall\u00e8les : nouveaux comit\u00e9s, nouveaux conseils, nouveaux postes d\u2019adjoints \u2014 tous avec des descriptions de fonctions qui se chevauchaient. Cette prolif\u00e9ration donnait l\u2019illusion d\u2019une bureaucratie active sans r\u00e9soudre l\u2019impasse op\u00e9rationnelle. Le centre d\u00e9cisionnel restait gel\u00e9 sur le bureau du pr\u00e9sident.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque l\u2019accord de Doha fut sign\u00e9 le 29 f\u00e9vrier 2020, le paysage changea. Apr\u00e8s le 14 avril 2021, lorsque l\u2019annonce du retrait final fut faite, nous nous attendions \u2014 au Bureau des affaires administratives \u2014 \u00e0 un r\u00e9am\u00e9nagement des processus : une prise de d\u00e9cision concentr\u00e9e, une d\u00e9l\u00e9gation claire, et une cha\u00eene de commandement raccourcie pour les jours difficiles \u00e0 venir. Rien de cela n\u2019est arriv\u00e9. Les m\u00eames longues r\u00e9unions continuaient ; les agendas changeaient, mais la m\u00e9thode de travail restait la m\u00eame. Les rapports provinciaux arrivaient, mais nos s\u00e9ances gardaient le langage de l\u2019administration, non celui de l\u2019urgence : \u00ab un comit\u00e9 est recommand\u00e9 \u00bb, \u00ab la d\u00e9cision est report\u00e9e \u00e0 la prochaine r\u00e9union \u00bb. Le vocabulaire administratif rempla\u00e7ait la gouvernance de crise.<\/p>\n\n\n\n<p>Ghani croyait aux donn\u00e9es ; graphiques et tableaux couvraient toujours la table. Mais les donn\u00e9es se d\u00e9tachent de la r\u00e9alit\u00e9 lorsque la filtration augmente. Son cercle restreint produisait des \u00e9valuations optimistes ; les rapports contradictoires arrivaient tard ou \u00e9taient lus en fin de r\u00e9union. Plusieurs fois, nous avons pr\u00e9sent\u00e9 des m\u00e9mos provinciaux contenant des avertissements explicites \u2014 \u00ab la cha\u00eene de commandement s\u2019affaiblit \u00bb \u2014 et la r\u00e9ponse fut : \u00ab un plan global est en cours \u00bb. Les plans \u00e9taient souvent bons sur le papier, mais le temps avan\u00e7ait plus vite que la planification.<\/p>\n\n\n\n<p>Son style de communication comptait aussi. Parfois abrupt, le plus souvent unidirectionnel. Dans les r\u00e9unions plus restreintes, lorsqu\u2019il demandait \u00e0 un cadre interm\u00e9diaire : \u00ab Avez-vous une opinion, ou transmettez-vous un message ? \u00bb, l\u2019officiel choisissait toujours la voie la plus s\u00fbre : \u00ab Je transmets un message. \u00bb Avec le temps, la qualit\u00e9 des discussions baissa ; personne n\u2019osait dire : \u00ab Cette voie ne fonctionnera pas. \u00bb Dans une r\u00e9union sur les politiques \u00e9ducatives, un chef de d\u00e9partement signala que des enseignantes d\u2019une certaine province ne pouvaient pas se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9cole. La r\u00e9ponse fut : \u00ab Le syst\u00e8me doit projeter la force, non la concession. \u00bb En principe, c\u2019\u00e9tait logique \u2014 mais la force exige l\u2019application ; sans mise en \u0153uvre, la force n\u2019est qu\u2019une illusion.<\/p>\n\n\n\n<p>Les nominations s\u00e9curitaires du printemps et de l\u2019\u00e9t\u00e9 2021 \u00e9taient un carrousel de changements constants. Au Bureau des affaires administratives, nous \u00e9mettions des d\u00e9crets, les annulions, puis en r\u00e9\u00e9mettions d\u2019autres. Chaque nouvelle nomination signifiait de nouveaux temps d\u2019apprentissage, de nouveaux r\u00e9seaux, une responsabilit\u00e9 affaiblie. Une cha\u00eene de commandement qui tremble toutes les deux semaines ne peut pas transmettre confiance au terrain. Et pourtant, le pr\u00e9sident continuait d\u2019influencer m\u00eame les nominations de bas niveau \u2014 pas toujours par des appels directs, mais par ces \u00ab remarques \u00bb qui circulaient entre les bureaux. Tout le monde savait que ces remarques r\u00e9duisaient l\u2019autorit\u00e9 des ministres et brouillaient la responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ghani croyait au \u00ab contr\u00f4le central \u00bb \u2014 l\u2019id\u00e9e que si le centre \u00e9tait fort, la p\u00e9riph\u00e9rie suivrait. Mais en Afghanistan, la p\u00e9riph\u00e9rie vient d\u2019abord ; si les provinces ne sont pas satisfaites, le centre ne produit que l\u2019apparence de l\u2019ordre. L\u2019accord politique sign\u00e9 le 17 mai 2020 aurait pu modifier cette dynamique, mais au lieu de renforcer les r\u00e9seaux de m\u00e9diation et les acteurs locaux, la centralisation s\u2019intensifia. Nous produisions plus de m\u00e9mos que jamais, mais \u00ab transformer le papier en pouvoir \u00bb ne se r\u00e9alisa jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les derniers jours avant la chute, l\u2019atmosph\u00e8re au Palais \u00e9tait lourde. Les proc\u00e8s-verbaux devenaient plus courts mais pas plus clairs. Les questions de base restaient sans r\u00e9ponse : Si Kaboul se d\u00e9stabilise rapidement, qui commande ? O\u00f9 doit-on se r\u00e9unir ? Quel cadre existe pour une transition contr\u00f4l\u00e9e ? Ces questions \u00e9taient rarement pos\u00e9es, et lorsqu\u2019elles l\u2019\u00e9taient, on r\u00e9pondait vaguement : \u00ab La coordination est en cours. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Puis vint le 15 ao\u00fbt 2021, et le pr\u00e9sident quitta le pays. Ce geste n\u2019\u00e9tait pas seulement une d\u00e9cision personnelle ; c\u2019\u00e9tait l\u2019aboutissement de plusieurs ann\u00e9es d\u2019hyper-centralisation \u2014 concentrer l\u2019autorit\u00e9 en une seule personne, se m\u00e9fier des minist\u00e8res et des institutions, et r\u00e9duire la cha\u00eene de commandement \u00e0 un cercle tr\u00e8s \u00e9troit.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019\u00e9cris pas sur les intentions. Qualifier les dirigeants de \u00ab corrompus \u00bb ou de \u00ab propres \u00bb est facile, mais cela explique peu. Mon point est celui-ci : la gestion n\u2019est pas le contr\u00f4le. Le contr\u00f4le signifie que tout passe par un seul point ; la gestion signifie que plusieurs points peuvent d\u00e9cider et rendre des comptes. Ghani \u00e9tait un point de contr\u00f4le, pas un r\u00e9seau de gestion. Lorsque la crise est arriv\u00e9e, il n\u2019existait aucun r\u00e9seau pour porter le poids.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9sumer : Ashraf Ghani a construit des structures, mais pas une organisation. Il a ajout\u00e9 des couches, mais retenu l\u2019autorit\u00e9. En temps de paix, cela causait des lenteurs ; en temps de crise, cela a provoqu\u00e9 l\u2019effondrement. Au Bureau des affaires administratives, nous produisions chaque jour davantage de papier \u2014 mais le papier seul ne peut pas maintenir un pays debout. Ce ratio raconte l\u2019histoire du Palais durant ces ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019\u00e9cris pas pour me venger, mais pour apprendre. Si l\u2019Afghanistan reconstruit un jour un \u00c9tat, il devra corriger cette erreur fondamentale : un pr\u00e9sident doit diriger un r\u00e9seau, non microg\u00e9rer un syst\u00e8me. Il doit prendre les grandes d\u00e9cisions lui-m\u00eame tout en d\u00e9l\u00e9guant l\u2019autorit\u00e9 et la responsabilit\u00e9 pour les petites ; garder les r\u00e9unions br\u00e8ves et claires ; \u00e9quilibrer les donn\u00e9es avec la r\u00e9alit\u00e9 du terrain ; et cr\u00e9er une cha\u00eene de commandement courte et transparente en temps de crise. Sans cela, tout Palais devient t\u00f4t ou tard une pi\u00e8ce remplie de papiers \u2014 \u00e0 travers les fen\u00eatres de laquelle on peut voir la chute, mais qu\u2019on ne peut emp\u00eacher.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Durant les trois derni\u00e8res ann\u00e9es de la R\u00e9publique, j\u2019ai travaill\u00e9 au Bureau des affaires administratives \u2014 une institution charg\u00e9e de la correspondance essentielle et des r\u00e9unions strat\u00e9giques au c\u0153ur du gouvernement. Ce qui suit n\u2019est pas un m\u00e9moire, mais la description des dynamiques que j\u2019ai observ\u00e9es directement : Ashraf Ghani \u00e9tait un microgestionnaire, pas un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":28656,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[44,5075],"tags":[5092,640,599,1012,1031,5095,60,5096,5094],"class_list":["post-28655","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-afghanistan","category-your-letters","tag-5092","tag-640","tag-599","tag-1012","tag-1031","tag-5095","tag-60","tag-5096","tag-5094"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/deeyartelevision.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28655","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/deeyartelevision.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/deeyartelevision.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/deeyartelevision.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/deeyartelevision.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=28655"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/deeyartelevision.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28655\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":38116,"href":"https:\/\/deeyartelevision.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28655\/revisions\/38116"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/deeyartelevision.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/28656"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/deeyartelevision.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=28655"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/deeyartelevision.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=28655"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/deeyartelevision.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=28655"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}