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Silence et condamnation : un aperçu des hôpitaux de Kaboul

Témoignages de citoyens

septembre 19, 2024 - Mis à jour le décembre 3, 2025
Temps de lecture 10 mins
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Silence et condamnation : un aperçu des hôpitaux de Kaboul

Photo : Scott Olson/Getty Images

Les jambes tremblent, les mains frissonnent, les regards se dispersent. Personne n’est calme, et seuls quelques rares patients dans la salle d’attente tentent de bavarder avec leurs voisins — des mots enveloppés de mensonges innocents, destinés à apaiser des cœurs brisés.

La maladie — surtout lorsqu’elle est aiguë ou mortelle — exile malgré elle l’être humain dans un autre royaume, un autre air, un autre monde ; celui de ceux pour qui l’hôpital est le passage familier et constant. Et c’est encore pire lorsque ces condamnés silencieux se retrouvent dans les hôpitaux de Kaboul.

Même le mot pour désigner cet endroit pique comme une aiguille. Bimarestan — un « pays » des malades, comme « Afghanistan », « Pakistan », et tous les autres « -stan ». Dès que vous franchissez la porte, vous sentez que vous entrez dans un autre territoire, sous un autre ciel. Et c’est vrai : vous êtes arraché au monde des bien-portants. Ici, dans chaque recoin, ne circule qu’une seule chose — une lutte ininterrompue pour la survie.

La peur que les gens en bonne santé éprouvent envers les hôpitaux ne se réduit pas simplement à la peur d’attraper une maladie contagieuse. Un être bien portant ne veut pas regarder cette « terre » insensée. Il préfère nier son existence, la maintenir loin des rêves d’une vie victorieuse. Il rejette aussi vite que possible toute proximité avec la mort. Sa peur de l’hôpital n’est pas seulement celle de tomber malade, mais celle d’être confronté à l’ultime angoisse de l’existence.

Et comme pour tout ce qui touche à la vie sociale des humains englués dans la saleté du néolibéralisme et du capitalisme, les hôpitaux et leurs habitants désemparés sont façonnés par la classe sociale. Des différences abyssales entre les hôpitaux des États-Unis, de l’Europe, ou même de Karachi, Delhi, Hyderabad — comparées à l’enfer kabouli — jusqu’aux divisions internes créées par les moyens financiers inégaux des patients, tout l’affirme : un hôpital à New York, Londres ou Vancouver n’a rien à voir avec un hôpital dans ce cauchemar dystopique.

Dans ce lieu où la présence de la mort atteint sa conclusion froide et logique, le patient misérable mesure la maigre chance qui lui reste contre la misère des autres. Et le plus misérable de tous est celui pour qui la mort n’est plus une possibilité parmi d’autres, mais une certitude imminente — une certitude qui le fixe droit dans les yeux, sans pitié.

Kaboul ajoute un autre élément au désespoir de ses malades : la méfiance. Dans une ville où certains médecins sortent des facultés de médecine armés non de savoir, mais d’argent, de négligence et de relations familiales, on ne peut accorder la même confiance que l’on donnerait à Hippocrate ou à Fleming. Le patient kabouli sait, au fond de lui, que sa détresse — son besoin désespéré de s’accrocher au cercle rétréci de la vie — devient une chance pour les propriétaires fortunés de cliniques : l’occasion de vider des poches déjà vides et de tendre la main vers une foule d’individus sans scrupules. Le patient ne sait plus à qui — ni comment — faire confiance.

Ces condamnés silencieux, expulsés du territoire de la santé et du bien-être, sont les plus seuls de tous. Leur souffrance ne satisfait aucune soif humaine de mort noble ; ils sont trop nombreux, trop répétitifs. Et la réaction la plus honnête que quiconque — quiconque doté d’un minimum d’humanité — peut offrir, c’est : « Je suis désolé, mais que peut-on faire ? » Alors que tant pourrait être fait — et que l’humanité ne l’a pas fait, et ne le fera peut-être jamais.

J’ai toujours hésité entre deux mots pour désigner ce lieu mélancolique et déroutant : bimarestan ou shafakhana — ce dernier étant incontestablement plus beau. Mais à Kaboul, combien de ces lieux méritent réellement d’être appelés shafakhana, sanctuaires qui vous renvoient souriant dans le cercle de la guérison ? Et combien sont, au contraire, des terres d’âmes silencieuses, sans espoir ou — au mieux — à peine porteuses d’un souffle d’espérance : des hôpitaux dans leur sens le plus brut, le plus austère ?

Le jour sera heureux où cette ville pourra en appeler davantage shafakhana — des lieux de soin — plutôt que bimarestan, des royaumes des affligés.

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