Le froid est en train de gagner. Sa victoire est presque totale — si totale qu’il brûle les os et se moque de la chaleur féroce de l’été, affaiblissant le faible soleil de l’hiver. À Kaboul, le triomphe du froid est un triomphe de la souffrance : souffrir pour manger, pour dormir, pour rester au chaud, pour rester rassasié. L’hiver kabouli est un « chagrin supplémentaire » pour les affamés de la ville — ceux qui, en cette saison, perdent non seulement la nourriture mais même les vêtements nécessaires pour survivre.
Au bord des rues, on voit des enfants assis, qui mendient. À l’envie dans leurs yeux lorsqu’ils regardent les vêtements des passants, on comprend qu’ils souhaiteraient posséder de tels habits. Leur vie oscille sans cesse entre espoir et douleur : désirer ce que les autres ont, et souffrir de ne pas pouvoir y accéder. Le froid double leur misère — leurs joues, oreilles et nez rougis montrent qu’ils ne sont pas seulement affamés, mais transis de froid. Leur unique consolation est de s’asseoir sous le faible soleil d’hiver ; leur seule source de chaleur est ce soleil mourant.
L’hiver à Kaboul est une ombre sombre et glacée qui avale la lumière et la chaleur du soleil. Pour la plupart des habitants de la ville, pas seulement les mendiants mais aussi les commerçants, la vie devient difficile ; leurs moyens de subsistance tombent à terre comme les feuilles des arbres. Les marchés s’engourdissent, et chacun compte les jours amers en attendant que le printemps réveille tout de son sommeil et laisse derrière lui l’hiver comme un mauvais rêve.
Le froid de Kaboul apporte avec lui de nombreux cadeaux funestes ; l’un d’eux est l’obscurité. À la première apparition de l’hiver, l’électricité de la ville devient à moitié fonctionnelle. Même en été, l’approvisionnement est loin d’être fiable, mais en hiver les coupures durent si longtemps que les pannes estivales paraissent insignifiantes en comparaison. Les nuits plongent dans une obscurité totale, apportant des pertes dont personne ne dédommage les habitants.
À cela s’ajoute que les hivers kaboulis rendent même la respiration difficile — dangereusement difficile. Tout ce qui peut brûler brûle. Ainsi, l’air de la ville devient si toxique que les gens fuient les rues pour se cacher dans la relative sécurité de leurs maisons. La combustion de pneus, de matériaux non énergétiques et de carburants de mauvaise qualité emplit l’air de fumée, laissant toute la ville haletante.
Et tout cela n’est qu’une partie de ce que l’hiver apporte à Kaboul : maladie, obscurité, faim, tremblements — des réalités dures auxquelles les habitants se sont habitués, sans plus s’étonner de leur persistance. Une ville qui brûle sans cesse, et qui, dans une ironie amère, brûle encore davantage sous le poids du froid.




