Un groupe de jeunes filles marche sous le soleil de midi, des sacs à dos sur les épaules et des livres à la main. Nul ne sait où elles étudient ni quel établissement leur a permis de suivre des cours — mais quoi qu’il en soit, elles portent des sacs et des livres, avançant avec patience sous la lumière écrasante de Kaboul. Arrivées au terre-plein central, elles aperçoivent un véhicule militaire de l’autre côté de la route, entouré d’hommes armés au visage sévère. Les filles s’arrêtent, se regardent, puis décident de traverser d’abord vers l’autre côté avant de continuer leur chemin. Non seulement elles évitent de passer devant les hommes armés, mais elles accélèrent également le pas, faisant tout pour ne pas attirer l’attention.
Un jeune homme marche près d’un poste de contrôle, joyeux de loin, écouteurs dans les oreilles. Plus il s’approche, plus il ralentit, retardant le moment de passer devant le checkpoint. À quelques pas seulement, il retire ses écouteurs et les glisse dans sa poche. Il est clair qu’il craint d’être arrêté, que son téléphone soit confisqué et fouillé, qu’on l’interroge sur le moindre détail qui s’y trouve. Il craint aussi qu’on ne lui prenne ses écouteurs et qu’on découvre que, dans une ville de mort, il écoute ce qu’il y a de plus vivant : la musique. La peur l’oblige donc à retirer discrètement ses écouteurs avant d’atteindre le poste de contrôle, espérant éviter ce scénario.
Quatre amis proches se tiennent à l’entrée d’une ruelle de Kaboul, partageant les événements de leur journée. Des agents de la patrouille nocturne s’approchent et les fouillent non seulement physiquement, mais les soumettent également, sur place, à un interrogatoire psychologique. Ils demandent leurs noms, leur travail, et s’ils ont accompli la prière du soir — les avertissant des conséquences s’ils ne l’ont pas fait. Même une fois terminée, la fouille ne s’achève pas vraiment : les agents restent là, observant, et ordonnent aux jeunes hommes de « continuer leur conversation », exerçant sur eux une pression psychologique maximale. Après quelques phrases échangées sous ces regards perçants, les amis se séparent et rentrent chez eux. Toute la nuit, ils s’inquiètent : pourquoi leurs noms ont-ils été notés ? Cet incident leur causera-t-il des ennuis plus tard ?
Un jeune homme qui sortait chaque soir vers 23 heures pour acheter une glace près de chez lui — s’asseyant quelques minutes avant de flâner dans le quartier pour profiter de la fraîcheur de la fin de l’été — remarque un soir que deux caméras de surveillance ont été installées à l’entrée de sa ruelle, filmant chaque mouvement. Il se sent soudain observé, surveillé. Il a l’impression que, dans cette ville, même sans commettre la moindre faute, le simple fait d’être vu en train de marcher peut lui attirer des problèmes. Il décide de ne plus sortir après 21 heures — ou de ne sortir que si cela est absolument nécessaire.
Kaboul est une ville où la peur et le silence se manifestent dans les comportements plus que toute autre chose. Une ville de détours et de portes closes. Une ville de caméras de surveillance, de patrouilles nocturnes et de descentes soudaines et inexpliquées dans les quartiers — des descentes dont les habitants n’ont même pas le droit de demander la raison. Kaboul est une ville où règne la peur.




