Le 17 septembre (il y a un mois et cinq jours), Donald Trump avait annoncé vouloir « reprendre » la base aérienne de Bagram. Mais après une vive réaction régionale et la visite d’une délégation américaine à Kaboul, il semble avoir — au moins temporairement — mis son projet en pause.
Peu après sa déclaration, une délégation américaine dirigée par Adam Boehler, envoyé spécial du président pour les affaires d’otages, s’est rendue à Kaboul. Avant la menace de Trump, les deux parties avaient conclu un accord sur un échange de prisonniers ; lors de la visite du 27 septembre, un détenu américain a été libéré par les talibans.
Cette séquence nourrit les spéculations selon lesquelles Trump aurait utilisé la perspective de reprendre Bagram comme levier pour obtenir la libération de citoyens américains.
Bien qu’il n’ait plus évoqué cette idée depuis un mois, l’opposition ferme des pays de la région pourrait également avoir influencé son recul temporaire.
Trump est connu pour ses revirements soudains. Sur la guerre en Ukraine, par exemple, il a changé de position à plusieurs reprises — parfois en l’espace de quelques jours.
Selon certains analystes, reprendre Bagram nuirait davantage aux intérêts américains qu’elle ne les servirait. Ils estiment que les objectifs avancés par Trump pourraient être atteints par des moyens « bien moins coûteux ».
Opposition régionale au projet américain
La Russie, la Chine, l’Iran et le Pakistan ont publié une déclaration commune le 24 septembre, rejetant fermement toute présence militaire étrangère en Afghanistan. Ils ont réaffirmé leur « opposition à l’établissement de bases militaires par des forces extra-régionales en Afghanistan ou dans les pays voisins, sous quelque prétexte que ce soit », jugeant cela néfaste pour la paix et la sécurité régionales.
Le 6 octobre, encore plus de pays ont exprimé leur opposition. L’Inde, l’Iran, le Kazakhstan, la Chine, le Kirghizstan, le Pakistan, la Russie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan — dans le cadre du « Format de Moscou » — ont déclaré que les « tentatives de certains pays de déployer des infrastructures militaires en Afghanistan ou dans les États voisins » étaient inacceptables.
Les responsables russes et iraniens se sont montrés particulièrement virulents.
La réaction des talibans
Après plusieurs jours de silence, les talibans ont publié une déclaration officielle concernant la proposition de Trump de reprendre Bagram.
Le groupe a affirmé que les États-Unis doivent respecter l’accord de Doha, qui les oblige à s’abstenir de toute « force ou menace contre l’intégrité territoriale et l’indépendance politique de l’Afghanistan » et de toute ingérence dans ses affaires internes.
Zabihullah Mujahid, porte-parole des talibans, a déclaré à Al Arabiya que Bagram est une partie « inséparable » de l’Afghanistan et que le groupe ne la « remettra jamais » à qui que ce soit.
Il a ajouté que le « peuple afghan » est habitué aux « événements difficiles » après vingt ans de présence militaire américaine.
Mujahid a averti : « Les Américains ne doivent pas oublier que les mauvaises actions entraînent de mauvaises réactions… S’ils insistent pour utiliser la force à propos de Bagram, l’Afghanistan a sa propre position. Défendre notre pays, notre dignité nationale et les valeurs de notre peuple a été notre devoir ces vingt dernières années — et le restera. »
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